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Recoudre la ville au-dessus des rails


Il y a des projets immobiliers. Et puis il y a des projets qui relèvent de l'urbanisme chirurgical — ceux qui recousent ce que la ville avait laissé se déchirer.

Derrière la gare d'Austerlitz, les voies ferrées ont longtemps tracé une frontière invisible. D'un côté, le quartier du Muséum d'Histoire naturelle, ses hôpitaux, ses rues denses. De l'autre, les infrastructures, le bruit, le vide opérationnel. Entre eux : A7A8.

Invitée par Mathieu Thomas, de Kaufman & Broad, aux côtés des membres d'ItalImmo, j'ai visité ce chantier hors norme. Un permis de construire unique de 128 000 m², huit signatures architecturales différentes, plusieurs maîtres d'ouvrage. Et une ambition qui dépasse largement le programme : réconcilier des mondes longtemps séparés.

Visite du chantier A7A8, Gare d'Austerlitz — vue depuis le toit sur la Pitié-Salpêtrière
Vue depuis le chantier A7A8 — la Pitié-Salpêtrière en arrière-plan, visite avec les membres d'ItalImmo, juin 2026

Cinq séquences, un seul mouvement

Le projet s'articule en cinq séquences urbaines qui, ensemble, reconstituent quelque chose que ce secteur avait perdu : une continuité.

La Cour Seine ouvre vers le logement et la mixité — 140 logements sociaux, une résidence étudiante, un accueil de jour Emmaüs. Vient ensuite le secteur de la gare, charnière entre les flux ferroviaires, métro, piétons et cyclistes. Puis la Cour Muséum : 300 mètres de long, 40 mètres de large, une allée paysagère traversante que certains comparent à un "Beaubourg horizontal".

Au cœur, les îlots A7A8 avec leurs bureaux, leur hôtel, et ce bâtiment-pont spectaculaire construit au-dessus même des voies du métro. En lisière, le square Marie Curie et ses 12 000 m² d'espaces verts prolongent la présence de la Pitié-Salpêtrière.

La complexité comme matériau

Ce que les rendus ne montrent pas, c'est l'épaisseur opérationnelle de ce qui a été construit ici — avant même la première pierre. Quatre ans de procédures entre le dépôt du permis en 2019 et le démarrage des travaux en janvier 2023. Un recours, sa purge, et avant tout : 165 000 m³ de terres polluées à excaver.

La complexité n'était pas un obstacle. C'était le matériau même du projet.

Ce que les 500 places de parking nous apprennent

Le projet prévoit 500 places de stationnement public, pensées il y a plusieurs années. Une interrogation s'ouvre : correspondent-elles encore aux usages qui se dessinent — hubs de mobilité, mutualisation, logistique douce ? Certains imaginent déjà leur évolution vers d'autres fonctions.

C'est peut-être là le véritable enseignement d'A7A8.

Construire la ville aujourd'hui ne consiste plus seulement à ériger des bâtiments. C'est accepter d'organiser l'incertitude. Concevoir des lieux capables d'évoluer avec les modes de vie, les mobilités, les attentes sociétales.

A7A8 n'est pas qu'un chantier spectaculaire au-dessus des rails. C'est un exercice d'équilibre — entre programmation et adaptabilité, entre densité et respiration, entre héritage industriel et promesse urbaine. La démonstration, à l'échelle parisienne, que la fabrique de la ville est devenue un travail de couture plus que de conquête.