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À la lisière du travail


Nos CV racontent des lignes, nettes et lisibles. Mais nos trajectoires se construisent peut-être ailleurs — dans ce qui ne s'y écrit jamais.

Violaine et moi nous sommes croisées plusieurs fois dans nos vies. Jamais deux fois pour la même raison.

D'abord par le travail. Elle recrutait pour Auris lorsque j'y étais. Quelques années plus tard, je la retrouve chez Kardham, cette fois de l'autre côté de la table, c'est moi qui postule.

Puis nous sommes sorties du bureau.

Je l'ai embarquée à vélo jusqu'à Morlaix, en bikepacking. Plus tard, je lui ai fait découvrir l'apnée. Elle m'a fait découvrir la marche.

Ruelle pavée du centre historique de Morlaix, maisons à colombages
Morlaix — étape d'un bikepacking parti de rien de particulier, sinon l'envie de sortir du bureau.

Nous pensions peut-être sortir du travail. Il revenait toujours dans nos conversations.

De ce qu'il devient. De ce qui bouge sous nos pieds. De nos doutes aussi, face à un monde qui se transforme vite, avec cette même envie de ne pas le regarder changer depuis le bord.

Alors quand Violaine m'a envoyé le teaser de son podcast, À la lisière du travail, le titre m'a arrêtée net.

La lisière.

Cet endroit qui n'est ni tout à fait dedans, ni vraiment dehors. Celui où les contours deviennent moins nets et où, justement, autre chose peut apparaître.

Nos CV racontent des lignes. Des postes, des entreprises, des responsabilités, des compétences. Ils ordonnent merveilleusement nos vies professionnelles après coup.

Mais est-ce vraiment ainsi que nos trajectoires se construisent ?

Une rencontre. Un voyage à vélo. Une conversation que l'on n'avait pas prévue. Un moment où l'on ralentit. Un autre où l'on décide de bifurquer. Une expérience qui semblait n'avoir aucun rapport avec le travail et qui, quelques années plus tard, change notre manière de l'exercer.

Et si ces moments n'étaient pas des parenthèses ?

À mesure que le travail se transforme, je me demande si nous pouvons encore penser nos parcours comme des lignes à optimiser. Toujours plus cohérentes. Toujours plus lisibles. Toujours plus efficaces.

Ou s'il ne faut pas, au contraire, apprendre à fréquenter davantage leurs lisières.

C'est aussi là que je retrouve Phronotium, dans ce temps que l'on s'accorde pour observer, expérimenter, parfois sortir de la route, avant de revenir dans le mouvement avec un peu plus de discernement.

Nos détours ne nous éloignent peut-être pas de notre trajectoire.

Ils en sont parfois la partie la plus féconde.

Vélo de bikepacking chargé de sacoches, couvert de poussière, appuyé contre un mur de pierre
Le vélo, à l'arrivée — après le bikepacking jusqu'à Morlaix.

Violaine poursuit aujourd'hui cette exploration avec son podcast À la lisière du travail, avant la sortie de son livre le 3 octobre.

Quant à nous, je ne sais pas où aura lieu notre prochain croisement.

Et finalement, c'est peut-être très bien ainsi.